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Probabilités conditionnelles et indépendance — cours de Première

Rappels sur les événements, Probabilité conditionnelle, Arbres pondérés, Formule des probabilités totales Lecture ≈ 6 min.

1. Rappels sur les événements

Vocabulaire

L'univers Ω est l'ensemble des issues d'une expérience aléatoire. Un événement A est une partie de Ω. A ∩ B signifie « A et B », A ∪ B signifie « A ou B ». L'événement contraire de A est noté Ā.

Formules de base

P(Ā) = 1 − P(A),

P(A ∪ B) = P(A) + P(B) − P(A ∩ B).

Si A et B sont incompatibles, A ∩ B = ∅ et P(A ∪ B) = P(A) + P(B).

2. Probabilité conditionnelle

Définition

Si P(A) ≠ 0, la probabilité de B sachant A est

PA(B) = P(B | A) = P(A ∩ B)P(A).

On se place dans la population réduite aux cas où A est réalisé.

Formule du produit

P(A ∩ B) = P(A)PA(B).

Si P(B) ≠ 0, on a aussi P(A ∩ B) = P(B)PB(A).

Exemple résolu – Tableau

Dans un lycée, 60 % des élèves pratiquent un sport S et 24 % pratiquent à la fois un sport et la musique M. Parmi les sportifs, la probabilité de pratiquer la musique est PS(M) = P(S ∩ M)P(S) = 0,240,60 = 0,40.

3. Arbres pondérés

Règles
  • À chaque nœud, la somme des probabilités des branches issues de ce nœud vaut 1.
  • La probabilité d'un chemin est le produit des probabilités portées par ses branches.
  • La probabilité d'un événement formé de plusieurs chemins incompatibles est la somme de leurs probabilités.
Arbre complet à deux niveaux et tableau des feuilles

Le premier niveau sépare A et Ā. Depuis chacune de ces branches, le second niveau sépare B et B̄. Les quatre feuilles, incompatibles et de réunion Ω, sont :

CheminProbabilité du chemin
A puis B : A ∩ BP(A)PA(B)
A puis B̄ : A ∩ B̄P(A)[1 − PA(B)]
Ā puis B : Ā ∩ BP(Ā)P(B)
Ā puis B̄ : Ā ∩ B̄P(Ā)[1 − P(B)]

La somme des quatre probabilités vaut 1. La somme des deux lignes contenant B donne P(B) : c'est la formule des probabilités totales pour la partition {A ; Ā}.

Exemple résolu pas à pas

Une usine utilise deux machines A et B. A fabrique 70 % des pièces et 2 % de ses pièces sont défectueuses. B fabrique 30 % des pièces et 5 % sont défectueuses. On note D « la pièce est défectueuse ».

  1. P(A) = 0,70, P(B) = 0,30, PA(D) = 0,02, PB(D) = 0,05.
  2. P(A ∩ D) = 0,70 × 0,02 = 0,014.
  3. P(B ∩ D) = 0,30 × 0,05 = 0,015.
  4. Les événements A et B forment une partition : P(D) = 0,014 + 0,015 = 0,029.
  5. Sachant que la pièce est défectueuse, PD(B) = P(B ∩ D)P(D) = 0,0150,029 ≈ 0,517.

4. Formule des probabilités totales

Partition

Des événements A1, ..., Ak forment une partition de Ω s'ils sont deux à deux incompatibles et si leur réunion est Ω. La définition retenue ici (événements deux à deux incompatibles de réunion Ω) n'exclut pas une partie vide ou de probabilité nulle ; on parle alors plutôt de système complet d'événements. En revanche, pour employer les probabilités conditionnelles PAi(B), on suppose P(Ai) > 0 pour tout i.

Formule

Si A1, ..., Ak forment une partition, alors pour tout événement B, la première égalité est toujours valable. Sous l'hypothèse supplémentaire P(Ai) > 0 pour chaque i, on peut écrire la seconde avec les probabilités conditionnelles :

P(B) = P(A1 ∩ B) + ··· + P(Ak ∩ B)

= P(A1)PA1(B) + ··· + P(Ak)PAk(B).

Démonstration

Les événements A1 ∩ B, ..., Ak ∩ B sont incompatibles et leur réunion est B. On additionne donc leurs probabilités, puis on applique à chacun la formule du produit.

5. Indépendance

Définition

Deux événements A et B sont indépendants si

P(A ∩ B) = P(A)P(B).

Si P(A) ≠ 0, cela équivaut à PA(B) = P(B) : savoir que A est réalisé ne modifie pas la probabilité de B.

Événements contraires

Si A et B sont indépendants, alors A et B̄, Ā et B, Ā et B̄ sont aussi indépendants.

Démonstration pour A et B̄ : P(A ∩ B̄) = P(A) − P(A ∩ B) = P(A) − P(A)P(B) = P(A)[1 − P(B)] = P(A)P(B̄).

Exemple

On lance un dé équilibré. A = « résultat pair », B = « résultat supérieur ou égal à 4 ». P(A) = 12, P(B) = 12 et A ∩ B = {4 ; 6}, donc P(A ∩ B) = 13. Comme 1314, A et B ne sont pas indépendants.

Ne pas confondre

Des événements incompatibles ne peuvent pas se produire ensemble : P(A ∩ B) = 0. Des événements indépendants ne s'influencent pas : P(A ∩ B) = P(A)P(B). Deux événements de probabilités non nulles ne peuvent pas être à la fois incompatibles et indépendants.

6. Épreuve de Bernoulli

Définition

Une épreuve de Bernoulli possède deux issues : succès S de probabilité p, et échec S̄ de probabilité 1 − p. Répéter l'épreuve dans les mêmes conditions de manière indépendante donne un schéma de Bernoulli.

Répétitions au programme de Première

Pour un nombre d'essais n ≤ 4, on représente les répétitions par un arbre et on additionne les chemins favorables. Chaque chemin contenant k succès et nk échecs a pour probabilité pk(1 − p)nk. La loi binomiale générale et ses coefficients seront étudiés en Terminale.

Deux épreuves de Bernoulli : arbre complet

Pour deux épreuves indépendantes de paramètre p, chaque premier résultat S ou E est suivi des deux mêmes branches S de poids p et E de poids 1 − p. Les quatre feuilles sont :

IssueSSSEESEE
Probabilitép2p(1 − p)(1 − p)p(1 − p)2

Exactement un succès correspond à SE ou ES, donc a pour probabilité 2p(1 − p). Pour trois ou quatre essais, on construit de même l'arbre complet ; au-delà de n = 4, le dénombrement général relève de la loi binomiale de Terminale.

Exemple résolu – Trois essais

Un joueur réussit chaque tir avec probabilité 0,7, indépendamment des autres. Il tire trois fois. Calculer la probabilité d'exactement deux succès.

  1. Trois chemins conviennent : SSE, SES et ESS.
  2. Chaque chemin a pour probabilité 0,72 × 0,3 = 0,147.
  3. Les chemins sont incompatibles, donc la probabilité cherchée vaut 3 × 0,147 = 0,441.
Exemple – Au moins un succès

Sur quatre essais indépendants de probabilité de succès 0,2, la probabilité d'au moins un succès se calcule par l'événement contraire : 1 − P(aucun succès) = 1 − 0,84 = 0,5904.

7. Fréquences et expérimentation

Stabilisation

Lorsqu'on répète un grand nombre de fois une expérience dans les mêmes conditions, la fréquence observée d'un événement tend à se stabiliser autour de sa probabilité. Une simulation ne démontre pas une valeur exacte, mais elle permet de conjecturer, de contrôler un calcul et d'étudier la fluctuation d'échantillonnage.

Protocole
  1. Définir précisément l'expérience et l'événement observé.
  2. Simuler un échantillon de taille n et calculer sa fréquence.
  3. Répéter la fabrication d'échantillons pour observer la dispersion des fréquences.
  4. Comparer les résultats à la probabilité théorique lorsque celle-ci est connue.

8. Erreurs fréquentes

À éviter
  • Confondre PA(B) et PB(A).
  • Additionner le long d'un chemin ou multiplier des chemins différents : on multiplie sur un chemin, on additionne les chemins.
  • Appliquer P(A ∩ B) = P(A)P(B) sans avoir établi l'indépendance.
  • Confondre indépendance des essais et équiprobabilité des issues.
  • Oublier qu'une probabilité conditionnelle change l'univers de référence.
  • Utiliser une simulation comme preuve d'une probabilité exacte.